28 novembre 2020

Pourquoi je ne me suis pas rendu à l’hommage à Samuel Paty ce dimanche !

À l’appel de l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France), un hommage à Samuel Paty a été rendu ce dimanche Place Masséna. J’ai hésité jusqu’au dernier moment car ce crime abject et ses motivations m’ont profondément touché, mais j’ai choisi finalement de ne pas m’y rendre. Par méfiance vis-à-vis de la nature de la manifestation, faute de connaître les organisateurs – et la tournure politique du rassemblement  m’a donné raison. Mais aussi par ras-le-bol des hommages sans lendemain et d’une unité de façade qui n’a plus lieu d’être. Sur l’évènement Facebook créé pour l’occasion, j’ai vu de nombreuses personnes qui le 10 Novembre dernier manifestaient aux côtés du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), association définitivement anti-Charlie qui considère qu’il y a en France un « racisme d’Etat » qui opprime les Musulmans sous couvert de laïcité, et naturellement c’est vers ce collectif que les parents d’élèves qui ont lancé la cabale contre l’enseignant décapité se sont tournés. 

J’ai déjà manifesté aux côtés de ces militants et je le referai sans doute à d’autres occasions, mais cette fois, je ne voulais pas cautionner les éléments de langage unitaires faits pour que rien ne se passe jusqu’au prochain hommage aux prochaines victimes. Les « pas d’amalgame » qui nous infantilisent nous et nos compatriotes musulmans. Contrairement à ce que souhaitent les identitaires de tous bords, nous ne vivons pas dans des mondes parallèles. Nous savons que l’immense majorité (des musulmans) ne sont pas des fanatiques et encore moins la base arrière du terrorisme. L’ascenseur social a beau être trop souvent en panne, ils ne sont plus seulement femmes de ménage et maçons. Ils sont nos facteurs, nos vendeurs, nos policiers, nos informaticiens, nos profs, nos médecins… Ils sont nos amis aussi. Bien sûr, il existe une France qui refuse cette mixité, qui s’arc-boute sur l’idée d’un pays blanc et chrétien comme il existe un Islam qui refuse de se soumettre aux lois de la République. Avec tous ceux-là, il n’y a plus d’unité possible.

Avec tous les autres, qui représentent l’écrasante majorité dans ce pays, nous ne voulons plus allumer des bougies mais simplement voir les autorités agir. C’est-à-dire nommer le problème. Refuser tout compromis avec l’obscurantisme, en particulier à l’école. Sanctionner les dérives et les élus qui, de droite comme de gauche, les cautionnent par clientélisme électoral. Et démanteler sans faiblir les organisations islamistes qui considèrent qu’il y a des lois divines au-dessus de celles la République et qui trouveront toujours, comme à Conflans-Sainte-Honorine, un esprit faible pour aller au bout de leur logique tout en versant des larmes de crocodile.

A gauche, et à cet égard je suis heureux que mon parti ait retrouvé sa boussole, certains continuent encore de confondre le combat contre les discriminations avec le soutien à une idéologie qui vise justement à assigner à une appartenance religieuse ou une couleur de peau ceux qui aspirent simplement à être Français. Ces militants sont souvent sincères mais aveuglés par la culpabilité issue de la décolonisation ou une lecture de classe du phénomène islamiste. Oui, nous devons combattre sans relâche les ghettos, la misère sociale et toutes les injustices qui sont le meilleur terreau du discours séparatiste. C’est notre raison d’être. Mais cela ne suffira pas si nous ne nous engageons pas pleinement dans le combat contre une idéologie mortifère qui est en train de saper ce qui fait le ciment de ce pays. 

Xavier GARCIA
Premier Secrétaire Fédéral du PS06

Cette tribune a été initialement publié dans Nice-Matin daté du 20/10/2020

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